Imaginons Clara et Julien.
Ils souhaitent ouvrir un petit restaurant de 35 couverts autour d’une cuisine méditerranéenne contemporaine.
Le budget global du projet représente 180 000 €.
Ils disposent de :
50 000 € d’apport personnel ;110 000 € de financement bancaire.Il leur manque environ 20 000 € pour préserver suffisamment de trésorerie tout en réalisant certains éléments d’aménagement.
Plutôt que d’augmenter encore leur emprunt, ils décident de lancer une campagne de
financement participatif restaurant avec un objectif de 15 000 €.
Mais leur communication ne dit pas :
« Donnez-nous de l’argent pour terminer notre restaurant. »
Ils construisent une proposition beaucoup plus concrète :
« Participez à la naissance de notre restaurant et faites partie des premiers à découvrir notre table. »Les contreparties sont pensées comme de futures expériences.
Pour 25 €, le contributeur reçoit une invitation à l’inauguration.
Pour 50 €, il obtient un bon de 60 € utilisable au restaurant.
Pour 100 €, un dîner pour deux est proposé.
Pour 250 €, la contrepartie comprend une expérience spéciale autour de la cuisine avec l’équipe.
La campagne commence alors à fonctionner comme une forme de
prévente.
Le restaurant reçoit de la trésorerie avant son ouverture.
Mais surtout, plusieurs dizaines ou centaines de personnes possèdent désormais une raison concrète de venir après l’ouverture.
Les contreparties doivent rester rentablesC’est ici qu’une erreur peut apparaître.
Imaginons que Clara et Julien récoltent 15 000 €.
Ils pourraient avoir l’impression d’avoir réellement obtenu 15 000 € supplémentaires.
Ce n’est pas exactement le cas.
Il faut tenir compte notamment :
- des frais liés à la plateforme et au paiement ;
- du coût de réalisation des contreparties ;
- des éventuels frais d’expédition ;
- du temps consacré à la campagne ;
- des conséquences fiscales et comptables selon la nature des contributions.
Et surtout, une contrepartie a un coût.
Si vous collectez 10 000 € en promettant pour 12 000 € de repas, vous créez une obligation future importante pour le restaurant.
Le bon raisonnement n’est donc pas uniquement :
Combien allons-nous collecter ?Mais :
Combien restera-t-il réellement après le coût de la campagne et des contreparties ?Pour un restaurant, les récompenses doivent être suffisamment attractives pour déclencher la contribution sans dégrader la marge future.
Exemple 2 — Utiliser Ulule pour tester un concept avant d’investir davantagePrenons maintenant Antoine.
Il souhaite ouvrir un établissement spécialisé dans la fermentation, les produits locaux et une carte courte évoluant avec les saisons.
Son problème est différent.
Il possède déjà une partie du financement.
En revanche, il se demande si son concept est suffisamment lisible pour trouver son public.
Il prépare donc une campagne
Ulule restaurant avec un objectif relativement accessible.
Son véritable indicateur n’est pas uniquement la somme récoltée.
Il observe également :
- combien de personnes participent ;
- quelles contreparties fonctionnent ;
- quels contenus sont les plus partagés ;
- quelles questions reviennent régulièrement ;
- d’où viennent les contributeurs.
Imaginons qu’une contrepartie intitulée « dîner découverte pour deux » soit réservée 80 fois alors qu’une autre proposition plus complexe n’intéresse presque personne.
C’est déjà une information marketing.
Le marché commence à montrer ce qu’il comprend et ce qu’il désire.
200 contributeurs peuvent valoir davantage que la collecte elle-mêmeSupposons qu’Antoine obtienne 200 contributeurs.
Il n’a pas simplement 200 transactions.
Il possède potentiellement :
200 premiers clients ;200 personnes qui connaissent déjà l’histoire du restaurant ;200 personnes susceptibles de parler du projet autour d’elles ;200 sources potentielles de bouche-à-oreille.C’est ce qui rend le crowdfunding très différent d’un crédit bancaire.
Une banque peut vous apporter 30 000 €.
Elle ne vous apporte pas 300 personnes impatientes de découvrir votre restaurant.
Le financement participatif peut donc produire simultanément :
capital + audience.Et pour un commerce local, la deuxième partie peut parfois avoir presque autant de valeur que la première.
Mais attention à l’effet « amis et famille »Il existe néanmoins un piège.
Une campagne peut très bien fonctionner auprès du cercle personnel du restaurateur sans démontrer l’existence d’un véritable marché.
Imaginons que 70 % de la collecte provienne :
des parents, des amis, des anciens collègues et de la famille.
Le résultat financier peut être excellent.
Mais il serait dangereux d’en conclure :
« Nous avons validé notre concept auprès du marché. »
Vous avez surtout démontré que votre entourage souhaite vous soutenir.
Pour véritablement tester l’attractivité commerciale du projet, il faut regarder progressivement la part des contributeurs qui
ne connaissaient pas personnellement les fondateurs avant la campagne.
C’est là que le crowdfunding commence à devenir un indicateur de demande.
La campagne doit sortir du premier cercleOn peut schématiser la communication d’une campagne en trois cercles.
Cercle 1 — Les prochesFamille, amis, anciens collègues, partenaires.
Ils permettent notamment de donner une première dynamique.
Cercle 2 — La communautéAbonnés Instagram, anciens clients, newsletter, réseau professionnel, habitants connaissant déjà le projet.
Ils connaissent le fondateur ou son travail, mais pas nécessairement personnellement.
Cercle 3 — Les inconnusPresse locale, influenceurs, référencement, partages, communautés thématiques et personnes découvrant le restaurant grâce à la campagne.
C’est généralement le cercle le plus difficile à atteindre.
Une campagne qui dépend entièrement du premier cercle peut collecter de l’argent.
Une campagne capable d’atteindre progressivement les trois commence réellement à
construire un marché.
Lever des fonds pour un restaurant exige donc une stratégie de contenuPour
lever des fonds restaurant, une page de crowdfunding seule ne suffit généralement pas.
Il faut créer une séquence de communication.
Avant le lancement :
teasers → histoire du projet → présentation des fondateurs → concept → ouverture des inscriptions.Au lancement :
annonce → vidéo → explication des contreparties → objectif → premiers résultats.Pendant la campagne :
coulisses → avancée des travaux → présentation des producteurs → menu → équipe → témoignages → paliers atteints.À la fin :
compte à rebours → derniers objectifs → remerciements → prochaine étape.Et après la collecte, la communication ne doit surtout pas s’arrêter.
Les contributeurs doivent être informés de l’avancée du restaurant jusqu’à l’ouverture.
Le véritable objectif : transformer le contributeur en clientLe parcours idéal devient alors :
découverte du projet → contribution → suivi de l’aventure → ouverture → première visite → avis → deuxième visite.C’est beaucoup plus puissant que :
contribution → merci → silence.La campagne de crowdfunding devient ainsi la première étape du parcours client.
C’est aussi ce qui explique pourquoi la base de contributeurs doit être traitée avec soin :
communication adaptée, collecte et utilisation des données dans le respect des règles applicables, suivi des contreparties et informations régulières.
Le restaurateur n’a pas seulement contracté une obligation financière ou commerciale.
Il a créé une attente.
Le risque d’une campagne réussie mais d’une ouverture ratéeEnfin, le succès du crowdfunding peut lui-même devenir une pression.
Imaginez :
300 personnes contribuent.
La campagne génère beaucoup de visibilité.
Le restaurant ouvre.
Mais le site n’est pas prêt.
Les horaires Google sont incorrects.
Le système de réservation fonctionne mal.
Les contributeurs ne comprennent pas comment utiliser leur contrepartie.
Les premières semaines deviennent chaotiques.
La campagne avait pourtant réussi.
C’est simplement la transition entre
communauté et exploitation réelle qui n’avait pas été préparée.